| Les personnes
qui éprouvent constamment de l'amertume risquent de tomber malades. C'est la conclusion
à laquelle sont arrivés des chercheurs de l'Université Concordia après
s'être penchés sur les relations entre échec, rancœur et qualité de vie. "
Une incessante amertume peut susciter des sentiments généralisés de colère et
d'hostilité. Il suffit qu'un individu les ressente suffisamment fort pour que
sa santé physique s'en trouve affectée ", affirme Carsten Wrosch, professeur au
Département de psychologie de Concordia et membre du Centre de recherche en développement
humain. Pourquoi,
à différentes étapes de leur vie, certaines personnes s'abstiennent-elles de ressentir
de la rancœur tandis que d'autres n'y parviennent pas? Le paradoxe intéresse tout
particulièrement M. Wrosch. Ses considérations théoriques sur le sujet ont d'ailleurs
fait l'objet d'un chapitre - " Self-Regulation of Bitterness Across the Lifespan
" - dans l'ouvrage Embitterment: Societal, psychological, and clinical
perspectives publié chez Springer en 2011. Ces
quinze dernières années, les recherches du professeur ont porté sur les répercussions
d'émotions négatives, notamment le regret et la tristesse. Tout récemment, son
attention s'est focalisée sur l'impact de l'amertume. Avec sa collaboratrice Jesse
Renaud, diplômée de Concordia, M. Wrosch a découvert que l'échec est l'une
des causes les plus fréquentes de ce sentiment. De plus, la colère et le
ressentiment jouent souvent les seconds couteaux. Contrairement
au regret, qui se rapproche davantage du blâme auto-infligé et tient du " j'aurais
pu " et autres " j'aurais dû ", la rancœur est associée à des facteurs externes.
En cas d'échec, elle rejette le blâme sur autrui ou autre chose. " Entretenue
longtemps, l'amertume peut pronostiquer des dysfonctionnements biologiques
(altération des fonctions physiologiques susceptible d'affecter le métabolisme,
la réponse immunitaire ou le fonctionnement d'un organe) aussi bien que des
maux physiques ", explique M. Wrosch. L'amertume,
affection médicale? Suggérer
que l'amertume puisse provoquer la maladie est une chose; proposer qu'elle soit
reconnue comme un trouble mental en est une autre. C'est pourtant l'initiative
qu'a prise en 2003 Michael Linden, directeur de la clinique psychiatrique de l'Université
libre de Berlin. M.
Linden soutient que la rancœur est une maladie, qu'il faudrait recenser comme
syndrome de l'amertume post-traumatique. Il évalue qu'entre un et deux pour cent
des gens sont aigris. Une fois leur affection dûment nommée, ces personnes bénéficieraient
selon lui de l'attention médicale à laquelle ils ont droit. La
proposition est toujours à l'étude. Selon M. Wrosch et Mme Renaud, l'individu
qui subit un échec peut ne pas concevoir d'amertume s'il trouve un autre moyen
de réaliser ses objectifs. S'il n'y arrive pas, de souligner les chercheurs, il
doit absolument s'affranchir de ses efforts stériles - qu'il s'agisse d'obtenir
une promotion ou de sauver son couple - pour se consacrer plutôt à un projet tout
aussi important, par exemple une nouvelle carrière ou passion. Processus
d'autorégulation, le désengagement et le réengagement peuvent s'avérer nécessaires
comme réactions d'évitement pour qui serait à même d'éprouver de l'amertume. "
Pour être efficace, l'intervention thérapeutique doit s'articuler autour des moyens
qu'envisage l'individu touché afin de parvenir à la maîtrise de soi ", précise
Mme Renaud. Dans
certains cas, effacer l'amertume exige plus que de l'autorégulation. En effet,
quand l'émotion naît du blâme que l'on fait retomber sur les autres, la guérison
passe parfois par ces derniers. " Pour vaincre des sentiments amers, on peut
également avoir à recourir à une autre démarche : le pardon ", ajoute M.
Wrosch.
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